samedi 8 avril 2017

le temps béni des colonies










Ok, alors sans vouloir me mêler de choses qui ne me regardent pas, ou qui me dépassent tout simplement parce que je n'ai pas pris le temps (et que je n'ai pas eu l'envie, ne soyons pas malhonnête) de suivre les informations et que je n'ai peut-être pas bien compris,...comment dire ?
Mais merde quoi.

Ce qui est absolument fantastique, c'est que chaque fois que je m'apprête à commencer à badder un peu en me disant que j'aurai dût rester en Guyane, le cosmos tout entier semble se mettre d'accord pour me dire "Nein, nein, nein, n'y penses même pas".

Et là, présentement, en conversation avec une personne (métropolitaine) que je connais en Guyane, qui me sort ça.

Et voilà. Tout est résumé. C'est beau, c'est grand, c'est noble, c'est pleins de courage, d'empathie et de solidarité...C'est juste incroyable.

On parle d'un territoire complètement déshérité où on passe son temps à se demander "mais elle est où la France, là ?" (ce dont on se rappelle en voyant la population des bidonvilles (pardon, des "quartiers spontanés", il faut rester politiquement correct) allant faire la queue des heures sous le soleil brûlant pour toucher les aides de la CAF; en tombant sur un bâtiment officiel ou sur une pharmacie made in France; et...et.) 
La France, on la voit aussi avec les Blancs (alias "Métros") qui passent leurs temps à se plaindre de tout ce qui compose ce lieu où ils habitent; qui touchent un salaire bien plus élevé que les gens nés dans le département guyanais pour un même travail, sans parler des primes; qui prennent tout ce qu'il y a à prendre en Guyane avant de rentrer en Métropole où de s'envoler vers une autre colonie, pardon, vers un autre Dom Tom, où ils retoucheront une nouvelle prime; qui se trimbalent entre Métropolitains uniquement, parce que, comme ils répète à tue-tête comme pour essayer de s'en convaincre eux-même : "Ah mais non, je suis pas raciste. Moi j'aimerai bien avoir des amis locaux mais...mais ils veulent pas se mélanger, ils sont inabordables." 
Mais biensûr.  On fera donc l'impasse sur le repas que m'ont offert les Hmong à Cacao. Egalement sur mon covoiturage improvisé à l'aéroport avec plusieurs Créoles et sur le thé qu'ils m'ont offert en arrivant chez eux. Et puis aussi sur mon squattage chez une famille Bushinengue, et plus simplement de mon amitié avec cette même famille. Non. C'était probablement un coup de bol. Ces gens là ne se mélangent pas, non.

Ce même genre de personnes qui ont un discours de plus en plus banalisé à mesure qu'ils vivent en Guyane, digne des meilleurs partisans de Lepen, mais qui arrivent encore à se convaincre qu'ils sont de gauches (limite ils font du sociale en venant vivre en Guyane en fait, t'as vu), comme par exemple (tout cela est 100% authentique, j'insiste là dessus) :

 (alors que je raconte que je me suis fait coupé la route en voiture par quelqu'un) "- Et il était Créole, j'imagine ?"

 (à mon retour de Belem) "- Pff, heureusement que tu t'es pas trouvé un mec au Brésil, si c'est pour choper des MST ou faire dans le social après."

"-J'aimerai bien coucher avec une fille Noire, c'est cool ici, y en a pleins. Ben oui, c'est forcément différent d'avec une Blanche."

"- Pff, ça fait chier, la Guyane. T'as un endroit magnifique, mais les gens sont lents...complètement apathiques...Non, mais regarde les, quoi."

"-Je vais pas m'emmerder à tondre la pelouse de mon jardin moi-même. Je vais trouver un Haïtien pour faire ça, ça va lui prendre 2-3 heures. Je lui filerai 3 ou 4 euros pour ça, il sera super content, et moi ça m'évitera de me faire chier. Fais pareil si un jour tu as un soucis avec ta voiture."

"-Les Créoles ils ont un côté enfant, tu vois. C'est comme à l'école, ils travaillent que si tu les surveilles. Ils n'ont aucune initiative."

"-Je profiterai bien de l'année que j'ai ici pour me taper une fille de chaque ethnie. Genre, une métro, une Créole, une Bushi, une Hmong, une Brésilienne (putain je fantasme trop sur les brésiliennes, elles sont super chaudes), une Haïtienne...enfin, si elle a pas le sida..., et...j'ai fait le tour, non ? Pas une chinoise, elle me font pas bander."

...bon, je vais m'arrêter là, je pense qu'on a compris l'idée.

Il faut aussi imaginer que tout ça, se sont des phrases qui sont venus me heurter quand j'étais là bas, mais qu'il y a tout un climat omniprésent, et une réalité, sur place, qui fait que là bas, juste à la couleur de ta peau, et à la connaissance de ton origine, on a déjà une idée assez précise (et exacte) du genre de métier tu peux occuper (ou de quels métier on est sûr à 100% que tu n'occupes pas), et à classe sociale tu appartiens.
Ajoutez à ça tout un ensemble de préjugés et de relents méprisants et à la limite du racisme qu'on arrive à vous foutre dans la tête en 2-2 quand vous êtes là bas; comprendre que la plupart des Blancs Métropolitains, même si ils ne le diront pas, se sentent consciemment ou inconsciemment, supérieurs à la population locale qui les entourent, sécurisés par l'idée que même si là tout de suite il sont en Guyane, eux, ils peuvent en partir quand ils veulent, pour se retrouver, en 8 heures d'avion à peine, dans le confort douillé de la France, la vrai. Et si ça vient à leur manquer de se croire dans un Western où ils peuvent faire et dire absolument n'importe, ils pourront retourner jouer les cowboys là-bas très facilement puisqu'il n'y a rien de plus simple que de se trouver un poste de fonctionnaire remplaçant en Guyane -le genre de poste qu'il faudrait justifier en France par tout un tas de diplôme, puis attendre à côté du téléphone qu'on vous appelle pour vous proposer un remplacement de 15 jours dans trois établissements à 4 heures de routes de chez vous, là bas, même à moi on a proposé de choper un poste d'enseignante (quand je dis "même à moi", c'est dans le sens où je n'ai pas du tout fait les études ou acquis les diplômes en lien avec le boulot de prof) : "Bah, une petite lettre de motiv', un entretient, et ça sera bon. Mi-temps. 20 heures par semaine. 2000 euros brut par mois. Ca te tente ?"
(Heu...Nop. Merci quand même.) 

Et bien moi je ne me suis jamais sentie aussi mal du fait d'être Blanche, ou plus précisément d'être Métropolitaine que là bas.
Et pas parce que j'aurai reçu des réflexions racistes de près ou de loin.
Non, non. Une simple et énorme honte de mon pays (et des autres métros), en constatant à quel point, même sous un autre nom, les colonies existent toujours; à quel point on peut vivre dans des conditions terribles et déplorables sur un territoire français; à quel point certains de mes compatriotes expatriés sur place pouvaient se montrer dédaigneux, méprisants, condescendants.

Enfin, bref, sur ce, je pense que je peux conclure sur cette image, réalisée le jour de mon départ pour Bélem (cette ville qui restera comme celle de mon propre salut. Halleluia !)





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