mardi 17 juillet 2018

hommage






Tout le monde déteste les Bi.


L'autre jour, une scène (banale ?) de la vie quotidienne est revenue pointer un truc qui me chagrine depuis pas mal de temps (d'où mon titre assez putassier).
Comme vous vous en douter, je ne parlais pas des abeilles ici, mais de la bisexualité.

Il y a plus de dix ans déjà, je buguais complétement sur ce rejet que je constatais aussi bien de la part des hétéros que des gays.
En 2014 j'avais même fini par scénariser une histoire, dessinée par Antoine Dodé, pour la bande dessinée du groupe LGBT Flash our True Colors, "à cœur ouvert", pour parler de ce truc qui réuni bien (trop) souvent les gays et les homophobes dans une joyeuse ronde de mépris et de haine : le cas des BI.

Beaucoup de gens (j'espère), qui ne sont pas de gros connards haineux, des extrémistes religieux ou des flippés de la vie, à priori, aiment à se dire "gay friendly", et en mode 'ils font ce qu'ils veulent de leurs culs, c'est cool.' (ce à quoi j'aurai envie de leur susurrer qu'une petite nuance par là, et une pointe de romantisme par-ci pour parler de sentiments avant de parler de baise, ça pourrait être sympa aussi). Mais c'est déjà bien.

Et par contre, quand tu parles d'une personne bi, 90% des gens (chiffre approuvés par la société de statistiques que j'ai auto-créé ce matin à 9h35) vont direct durcir le ton, et partir dans des phrases qu'une élégance folle mais parfaitement rentrée dans le vocabulaire "beugneeeuuuh, alors ça non par contre, les gens à voile et à vapeur, ah non, à non hein !!"
...c'est beau…

Quand on n'est pas sur ce truc relativement dégradant et agressif, on a aussi la réaction (sur un ton bien pensant, avec une touche de pitié bienveillante et des "ouais" aspirés) :
"Ouiiii, en fait-hin, Jean-Pierre était avec une femme, il a eu des enfants, et une fois qu'il a eu ses gosses, peut-être parce qu'il en voulait depuis toujours, il a assumé son homosexualité. Ouais. Ouais, ouais, ouais".
...bon...on part donc de la théorie que le mec était forcément dans le placard et prêt à faire des enfants dans le dos d'une femme… Ok, ça a sûrement dût arriver pleins de fois à l'échelle du monde. Mais l'idée que le mec n'est pas assumé, ou ne se soit pas découvert entre deux, mais soit juste attiré par les deux sexes ne vient à l'idée de personne ?
Quand c'est pour une femme, on partira bien souvent du principe que "ouais, elle devait être dégoutée des hommes, parce que ce sont tous des salauds, et se dire qu'avec une fille ce serait plus simple."
...comme ces meufs qui, après t'avoir dit pendant 40 heures d'affilées que Pierre, Paul, Jacques et René se sont tous comportés comme des pervers narcissiques, te foutent un coup de coude avec un clin d'œil entendu genre "hé, viens, on va se faire lesbiennes."
...ahin.

Et dans tous les cas, quand après avoir passé un petit moment gay-gay-gay, le ou la bi retourne (même pour un temps, car on n'sait de quoi la vie sera faite) vers des sphère hétérosexuelle, , c'est le bug général.
C'est soit, on se persuade que la personne était en crise existentielle et faisait une expérience, soit elle a fait ça parce qu'elle était blasée mais elle a retrouvé finalement un prince charmant, soit on accepte que cette personne est bi, et là...eeet là...tout le monde se lâche.

On va dire (comme à une personne qui vivrait une vie un peu trop libre, ou nomade) qu'au bout d'un moment il faut choisir (ah bon...je savais pas que c'était une obligation physique et morale. Genre peut-être que si tu ne choisis pas, au bout de 24 heures, tu exploses ?), certains gays de ma connaissance le prennent limite mal, comme si c'était dirigé contre eux, en partant du principe que cette personne choisira "la facilité" et au moment de s'engager sérieusement dans une relation ira forcément, et de façon tout à fait réfléchit, vers quelque chose d'hétérosexuel (bon...libre arbitre, unicité de l'être humain, ça vous dit quelqu...non ? Bon, ok…), on entend souvent beaucoup de méfiance aussi, comme si la personne qui est capable de faire un tel volte-face aller nous trahir et retourner sa veste sur absolument tous les thèmes possibles et imaginables, parce qu'on le voit du coup comme le gugus ou la gustavine qui bouffe à tous les râteliers en profitant beaucoup et en ne donnant rien (mais ça les gars, je connais pleins de gens qui le font, et qui n'ont pas besoin d'être bi pour être des sangsues géantes !), on les assimile aussi à des gens dont on ne sait jamais le font de la pensée, même si ils sont parfaitement clairs sur leur orientation.
Et puis évidemment, beaucoup de gens les voient comme des satyriasis et des nymphomanes qui ont pour seul but dans la vie d'aller dans des partouzes géantes, puisqu'ils sont sans barrière (c'est bien, une fois de plus de réfléchir en terme d'individus, d'humain, de vies de chacun et...qu'on foute tout le monde dans le même panier ?...ah ben ouais en fait j'avoue, c'est plus simple et ça permet de catégoriser direct une personne au premier coup d'œil, c'est vrai.).
BREF, les bi font peur.
* et quand ils ne font pas peur, on les voit comme quelque chose de cools, d'un peu stylé, un peu osé, un peu rock'n'roll...presque un côté rebelle...ils deviennent un concept, on part donc du principe que cette "double orientation" est totalement choisies et se porte comme un accessoire de mode pour se donner un genre (sans mauvais jeux de mot).
Mais dans tous les cas, on ne les verra jamais juste comme des personnes qui tombent amoureuse d'une autre personne, et pour qui, comme dans tous les couples, des fois ça se passe bien, des fois ça se passe mal, pour qui des fois la jalousie justifiée ou non s'invite, et c'est comme ça c'est la vie. Non, visiblement ça c'est peu entendable pour beaucoup de gens.

Je me demande sincèrement jusqu'où cette réflexion ne va pas beaucoup plus loin que les questions d'hétéro, gay, etc, de la part des rageux…
Jusqu'à quel point, dans le crâne de beaucoup de gens, ils ne représentent pas simplement une forme de liberté (à tout niveau, allant bien plus loin que la sexualité), qu'on aimerait prendre, mais qu'on assumera jamais...alors on se met à détester cette personne qui a l'audace de faire ce qu'elle veut.

Bon, et comme je disais trois lignes plus haut qu'on allait pas mettre tout le monde dans le même panier, j'imagine qu'il y a à peu-près autant de racine à cette méfiance et à ce mépris qu'il y a de gens sur terre…

 Mais je constate tout de même qu'on aime, qu'on adoooore, avoir des cases bien délimitées, sur des tonnes de sujets, comme une petite boite qui constituerait le package d'un style de personne
 dans laquelle on mettrait tout un tas de codes.
Ainsi, on revêt plus facilement son costume de : hipster/ kéké/ nunuche/ raciste/ fille fort et engagée/ voyageur/ …
C'est très pratique, ça permet à n'importe qui de vous jauger des pieds à la tête et selon votre tenu, votre façon de vous tenir et votre coupe de cheveux, de deviner en un éclair aussi bien votre métier, que votre classe sociale, que le genre d'activités que vous aimer faire, que votre vécu et votre façon de penser...et tout ça, sans même avoir pris le temps de parler trois minutes avec vous !...c'est fantastique.
...et pourtant ça ne marche pas comme ça. Même si on choisit sa panoplie, et le rôle qu'on va jouer, avec tous les dogmes qu'on va s'auto-infliger pour ne pas sortir des clous, on restera toujours une personne unique, avec ses bagages, et un peu moins creuse que ce qui nous arrangerait (nous et les autres), parfois.
...donc désolée si j'en déçois certains, mais finalement, que la personne soit officiellement cristallisée à jamais en tant qu'hétéro ou qu'homosexuel, vous aurez à priori à peu près autant de surprises, bonnes ou mauvaises, qu'en passant du temps avec un/une bisexuelle.


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* Allez, pour la petite anecdote rigolote (enfin, qui moi me fait rire en tout cas),
quand j'étais adolescente, pour tout un tas de raisons, j'ai pensé que mes parents, surtout ma mère, m'avait rangés dans la case "gay".
...entre autre raison où un jour, en pleine crise de "je suis moche, je ressemble à rien", je passe dans le salon où mes parents regardaient Desperate Housewives. Je m'arrête une minute en vue d'une procrastination express. Et à l'apparition du personnage de Gabrielle Solis, je m'exclame (intérieurement emplie de colère et de jalousie) "pfff, comment elle est trop belle Eva Longoria ! >-<". Sur ce, de ce que j'ai cru percevoir, môman avait relevé la tête, plissé les yeux et serré les dents (mais en fait c'était peut-être juste parce que je leur cachais complétement l'image de la télé depuis 10 minutes…).
Toujours est-t-il que quand j'avais parlé de ça à ma pote Siham (qui n'avait pas perdu le Nord), celle-ci m'avait répondu, très enthousiaste, comme dans un dessin animé ou un téléfilm avec Lindsay Lohan :
"Non mais Alex, tu te rends compte de ce que ça veut dire ?!? Meuf, tu peux amener TOUS les mecs que tu veux chez toi comme tu veux !
Et ce sera tellement le défilé que les copine de ta mère diront : 'heu…dis donc, ta fille…elle se prostitue, ou quoi…?' 
et ta mère, parfaitement confiante répondra d'une voix enjouée 'Oh nooOOOoooonnnn, ne vous en faites pas : ma fille est lesbienne et fantasme sur Eva Longoria !' "

Cette phrase était devenu un véritable slogan. ^^


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...sur ce...des bisous-gazous-rondoudous à tous les Bi.
Et aussi à tous les gays, les hétéros, les asexués qui n'en ont peut-être pas eu grand chose à foutre de mon post, les rageux, les peureux, les gens qui doutent, les gens qui vont faire leur coming-out bientôt, les gens qui ne veulent pas vivre dans des cases ou qui juste n'arrivent pas à y rentrer, les gens qui kiffent leurs cases et c'est aussi très bien si ils s'y sentent bien, à tous les petits lions qui suivent les débats d'Alex-Imé_contre_le_monde, et puis biensûr, à Eva Longoria qui a permis d'alimenter le débat à son insu. 

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Je vous laisse sur ce montage improvisé où j'ai utilisé des images de l'épisode 2 de la saison 3 de Misfits qui parle d'une fille bi, avec le naturel et l'évidence dont cette série est capable (# la série déculpabilisante où tout le monde se drogue, tout le monde a une sexualité débridée, tout le monde se comporte comme un punk...et c'est juste normal.)

* quelqu'un a eu la très bonne idée de balancer tous les épisodes de cette série sur L'internet. VO sur dailymotion (ça existe encore ??), VF sur YouTube, alors si vous ne connaissez pas encore, c'est peut-être le moment de faire en sorte de mourir moins bête. :3





lundi 16 juillet 2018

la parenthèse

Réflexion (débile ?) du jour.


Je viens de recevoir un mail commun qui commençait par "'salut les ami(e)s".

Et ça m'a foutu le seum bien comme il faut.

Je ne comprenais pas pourquoi, le fait d'intégrer le féminin avec ce "(e)" me choquait. Je pense qu'il y a en partie un côté plus protocolaire que réellement amicale, bien que je pense que l'intention y était, dans ce message qui m'a chafouiné...et...je sais pas...me sentir rabaissé en tant que femme a une lettre entre parenthèse, métaphoriquement, ça m'a semblé super violent, tout à coup.

Il y a un côté "salut les mecs, les vrais, les durs, les tatoués et...ah ben vous êtes là les filles ? Bon OK, mais dans le doutes, on va vous coller entre deux parenthèses pour dire qu'on a pensé à vous".
Je sais que ce n'est pas l'idée, mais d'un coup ça me saute aux yeux, particulièrement dans ce moment où on veut insérer ces féminisation partout.

Mais what the fuck, quoi, je préfère 100 000 fois faire partie d'un groupe d'être humain, tout genre confondu, quitte à ce qu'on zappe la présence de mes nibards et de ma te-cha, pour parler comme une poète, plutôt qu'on daigne me donner la place d'une parenthèse à la con incrustée à la fin d'un mot.
Il y a tellement, avec cette lettre insérée comme un cheveux sur la soupe, ce côté condescendant du BG qui vient rouler des mécaniques et tenir la porte pour ne pas que tu te casses un ongle dans la version officielle -pour ne pas que tu joues les hystérique dans la version officieuse, parce que les bonnes femmes, on les connait, huhu- en mode "allez les filles, on a fait une petite place pour vous".

On dit que le féminisme c'est l'égalité entre hommes et femmes, hé bien moi je trouve justement que cette féminisation absolue des mots est d'une absurdité grotesque, présent comme un bonbon qu'on donne à un enfant pour lui dire qu'il a bien travailler, le rassurer, et faire semblant qu'on en a quelque chose à cirer de lui, histoire qu'on puisse faire passer tout et n'importe quoi pendant qu'il est occupé à se créer des carries, et qui vient juste polluer la langue française qui était pourtant pas dégueu (...non mais je suis désolée, mais "autrice", quoi. "AUTRICE" ?!? Tout le monde me dit que ça ressemble à "autiste", on dirait une faute de frappe géante ce truc !).


Je considère que ces insertions de langage tendent à diviser encore plus les genres, à laisser encore plus les transgenre entre deux chaises, et à pointer comme une métaphore de mauvais goût la place qu'on donne aux femmes dans ce monde.

Je serai donc fondamentalement un être humain avant d'être une femme, visant le neutre et l'Homme avec un grand H, avant de n'être qu'une parenthèse dans un texte.


...c'était "Alex-Imé contre le monde".
Merci à tous d'avoir suivi ce pétage de câble que j'aurai sans doute moi-même oublié dans une heure.


jeudi 14 juin 2018

Une concession, une jolie concession


Alors que je fais du tri dans mes affaires pour mon déménagement, le cosmos semble s'être mis d'accord pour me pousser à faire du tri dans ma vie par la même occasion.
Est-ce qu'il y a un complot, du même ordre que quand ABSOLUMENT tout l'électro-ménager de ta maison tombe en panne sur un délais de 6 semaines, ou est-ce que c'est juste un hasard un peu relou ?

Ainsi, j'ai dût faire des choix francs et viriles ces derniers jours, certains plus faciles à faire que d'autres, quelques uns sur lesquels je reviens en boucle comme une girouette un jour de tempête.

Et dans tous les cas, le même constat : l'avis des gens, omniprésent quand je parle de ces choix.
J'en viens à me demander si j'ai mal compris l'idée et qu'en fait on joue sans que je le sache au jeu du "Tu dis noir, je dis blanc. Tu dis blanc, je dis noir", tant j'ai du mal à comprendre parfois la logique et le fil conducteur de mes interlocuteurs.
Et parfois on y joue d'une façon un peu plus détournée et aussi plus insidieuse, et qui rend bien fou : la technique du "Je te pose 40 000 questions à la seconde sur ta décision, sans vraiment écouter les réponses, te forçant ainsi à te répéter ou à formuler la même phrase de 60 autres manières, et de littéralement te harceler avec ça en te sous-entendant régulièrement que le choix que tu as fait et qui de toutes façons est irréversible, c'est un peu de la merde."
...et là comme dirait Orelsan (le mec que je découvre depuis trois semaines...quand je vous disais que je vis dans une grotte. (Tiens, d'ailleurs on m'a parlé d'un certains...Michel Fils-de-Jacques ou un nom comme ça, un mec qui danse et qui essaye de se faire blanchir la peau...mais je crois qu'il est mort maintenant...ça vous dit quelque chose à vous ?)) "d'abord tu vas douter, puis tu vas perdre espoir". (hé ben là, moi je suis en pleins dedans !)

Tout cela est assez désagréable et pousse définitivement à se dire qu'on ne peut pas plaire à tout le monde et qu'on ne devrait même pas songer à essayer...ça c'est cool sur le papier, dans la réalité c'est plus dur à appliquer.
J'essaye donc en ce moment de me faire violence et d'appliquer la méthode qui te fait passer pour un ado en pleine crise du "Non mais j't'emmerde en fait" (pour l'instant elle est plus présente dans ma tête que dans ma bouche).

Dans ce fatras peu appréciable, j'entend beaucoup (trop) la phrase "il faut faire des concessions".
...Mais en fait, plus j'y pense, plus j'ai l'impression d'entendre des parents dire à leur enfant qui est en pleins cœur d'un harcèlement scolaire déjà bien installé qui dure depuis un moment quand il se décide à leur en parler :
"Oh bah, tu sais, faut les ignorer, et ça leur passera."
...Non mais les gars, vous êtes sérieux...? C'est comme si tu disais à une nana qui est harcelée par son boss qui lui susurre de petits mots visqueux 40 fois par jour à l'oreille et qui lui met régulièrement la main au cul dans l'ascenseur "Oh bah, pfiou, tu sais, ignore le, hein, ça va lui passer."
...mais juste, non, quoi, à moins que vous ayez vraiment eu la vie la plus lisse et la plus pailletée du monde, vous ne pouvez pas ignorer que quand on ne traite pas certains problèmes et qu'on les fourre sous le tapis, ils reviennent toquer à la porte puissance 100 000 un jour ou l'autre, dans un avenir plus ou moins proche...! (genre plus concrètement, si tu as une carie, je peeennnse...je pense...qu'il est de bon ton d'éviter de laisser traîner ça pendant 8 ans en te disant "bwoarf, elle finira bien par se lasser...!")
Pour avoir parlé de ça avec une amie, on en est venues à se demander jusqu'où cette phrase (de merde) ne serait pas l'équivalent poli d'un bon vieux "Ah ouais OK, mais en fait là moi je m'en balance de tes problèmes et si je te vois c'est juste pour me changer les idées et passer un moment tranquilou bilou, donc on va dire que tu vas allez te faire foutre juste après t'être accroché un beau grand sourire de circonstance sur ta face de victime."
...plus ça va, plus c'est l'impression que j'ai en tout cas.

En ce sens, le concept de pousser quelqu'un à "faire des concessions" (et là, je ne parle pas de quelqu'un qui se comporterai régulièrement comme un petit tyran, ou comme un hystérique, ou comme un enfant gâté qui fait des comédies en permanence, ou quoi que ce soit de ce genre, on s'entend.) m’apparaît de la part de la personne X qui émet cette phrase, comme une façon de faire valser le problème de son interlocuteur Y d'un revers de main, ou, pour une raison où une autre de diriger Y dans cette direction (la peur ou l'inquiétude bien souvent avec le mode "courbe l'échine, faut pas faire de vagues"; l'intérêt de X à voir Y aller vers une situation qu'il sait merdique pour lui, mais qui l'arrange bien, etc ...)
Bref, dans tous les cas, je vois pas ça comme un truc très cool.

Ça m'évoque très vite le fameux "tend l'autre joue" de Jésus, et comme j'ai été lattée et victimisée souvent et par beaucoup de monde depuis ma plus tendre enfance, j'ai la prétention de penser que je suis relativement correctement placée pour en parler.
Et quand je dis "lattée", je parle bien de coups, physiques, rarement justifiés, et allant plus loin que la petite tape sur les fesses ou la claque symbolique sur la joue.

Je peux donc en déduire, d'expérience, bien que j'imagine que ce ne soit pas une généralité absolue, que si on ne s'habitue peut-être pas à la douleur (et encore), on apprend très vite à l'accepter et à minimiser ce qu'elle représente (en gros on fini par penser qu'on l'a peut-être bien cherché, ou alors que c'est juste comme ça que les choses fonctionnent, de la même manière que la terre tourne autour du soleil, et qu'il ne faut pas plus se poser de questions que ça.)
Quand dans le même temps, on entend à longueur de temps qu'il faut ignorer les problèmes (/gens qui nous veulent du mal, ou nous en font même sans le vouloir), ET que ça va c'est pas si grave (pour tout et n'importe quoi) et qu'il faut faire des concessions (pour qui, pour quoi d'ailleurs ?? Faire des concessions pour un truc que tu veux de tout ton petit cœur...certes...faire des concession pour un truc qui te fait juste chier de A à Z, ça a autant de sens que de vouloir, sans aucune raison, s'habituer à boire de l'urine en guise d'apéro), hé ben tout ça risque de vous donner des gens qui sont persuadés qu'ils sont la seule source, ou le seul responsable de tous les problèmes de la terre, du coup ne mouftent jamais même quand ils se font clairement victimiser et qui, le jour où ils subissent un rapport sexuel non consenti dans un squatte de punks (#Me Too) se disent encore que "Ah bah ouais, mais en même temps faut pas faire de vague, faut être gentil, et surtout, faut faire des concessions."
Hallelujah, ça, ça va nous donner des adultes épanouis qui auront une vie super cool, dans laquelle ils se reconnaîtront et se sentiront en phase avec eux-même, c'est moi qui vous le dit !

Je ne sais pas vraiment comment conclure tout ça, cette sorte de crise de raz-le-bol que j'avais besoin de bazarder par écrit avant de vraiment envoyer quelqu'un se faire assez gratuitement voir ailleurs quand il voudra me donner son avis quand je ne l'aurai pas demandé parce que je serai alors devenue hyper à fleur de peau sur la question.

Je pense aux éditeurs qui m'ont toujours demandé d'avoir un style plus lisse, m'ont toujours dit que "ah bah non, ça on peut pas faire ça" et qui maintenant me sortent qu'il faut avoir un dessin plus entendu et attendu pour ne surtout pas brusquer le lecteur (oui, parce que la chaîne du livre (et du cinéma, et de la télévision, et de la consommation je pense) vous prend pour des demeurés, si vous en doutiez encore...et si vous pensiez encore que l'auteur a carte blanche quand il fait son bouquin, voir même parfois juste son mot à dire sur ses choix artistiques et narratifs, et bien sachez que c'est loin d'être le cas dans 100% des ouvrages que vous retrouvez en librairies), et je pense au film "Very Big Stress" (titre original "Visioneers"), qui n'a pas bien marché, je pense surtout parce qu'il a été très mal vendu en tant que comédie alors qu'il n'est pas franchement marrant, où les gens explosent quand ils sont trop stressés (littéralement) et où la société met alors tout en oeuvre pour qu'ils ne ressentent plus aucun stress, et pour se faire, qu'ils vivent comme des légumes sous cachetons dans du coton dans un monde totalement édulcoré où le politiquement correct, les massages relaxant et la musique de bol tibétains rythment la vie de chacun.
...si vous n'avez pas vu ce film, je vous le conseille...parce qu'il donne envie d'arrêter cinq minutes avec cet esprit de pseudo-bienveillance, LE mot à la mode en ce moment qui a aussi peu de sens dans la bouche de certains que quand des rappeurs des années 90 disaient à leurs interlocuteurs "Non mais Vas-Y, moi j'te respecte, quoi" tout en leur donnant de grands coups de poings dans le nez; et juste...juste vivre, quoi...arrêter d'avoir peur de se faire des bleus chaque fois qu'on se lève, arrêter de vouloir vivre entre quatre murs capitonnés, et commencer à s'occuper un peu de ses propres problèmes au lieu de se prendre pour un psy en proposant (imposant) une aide forcées aux autres en leur faisant croire qu'on va leur apprendre la vie parce qu'on a trouvé la sagesse et la paix au fond de soi (à grand renfort de vidéo de méditation New Age, de nombrilisme aiguë et de déni total sur tout ce qui nous entoure).

...et au passage...
passer un peu moins de temps à chercher à tout comprendre (de travers), pour préférer mieux regarder et constater,
et passer un peu plus de temps à écouter plutôt qu'à bavasser et à donner un avis sur strictement tout...
...et puis foutre un peu la paix à ceux qui ne font ou ne pensent pas comme nous...
Ce serait peut-être pas du luxe parfois.

*

...bon, et pour désamorcer un peu tout ce flot de colère, d'agacement, de misanthropie et de vidage de sac du jour, et prendre tout cela avec un peu plus de légèreté, je vous laisse sur un épisode de "Bloqués" où Gringe m'a fait penser à moi...